Quand j’étais jeune, le monde était infesté de vieux cons. Puis, il y en a eu de moins en moins et curieusement, ils ont disparu. Ces chroniques sont celles d’un vieux con déclaré. Subjectif, évidemment. Mauvaise foi, parfois. Mais pas totalement inutile — enfin, j’ose l’espérer.
26 Août 2026
Il y a quelque chose d’étrange dans les courses de chevaux.
D’un côté, toute une industrie. Des propriétaires, des éleveurs, des entraîneurs, des investisseurs. Et, tout en bas de la chaîne, ceux qui font réellement tourner la machine : palefreniers, lads, jockeys, soigneurs. Des hommes et des femmes qui se lèvent tôt, travaillent dur et gagnent rarement des fortunes.
Au sommet, certains propriétaires regardent surtout le rendement de leurs chevaux, les gains, les primes, la cote et la valeur de leur écurie. Le cheval est alors moins un animal qu’un actif susceptible de rapporter.
De l’autre côté de la barrière, il y a les parieurs.
On les retrouve au comptoir du bistrot, au PMU ou désormais derrière leur écran. Ils jouent quelques euros, puis quelques euros de plus. Ils rêvent du gros coup qui changera leur vie. La publicité leur promet le frisson, l’expertise, l’intuition du « bon tuyau ».
On imagine presque les personnages des romans noirs : le désœuvré qui consulte fébrilement les résultats, le joueur désargenté qui croit tenir enfin le cheval qui va le sortir de ses difficultés, celui qui recommence après avoir perdu parce que, cette fois, « ça va passer ».
Et au milieu de tout cela, il y a le cheval.
Le seul qui ne parie rien. Le seul qui ne touche rien. Le seul qui ne décide de rien.
On parle de performance, de gains, de records, de cotes, de paris et de rentabilité. On parle beaucoup moins de l’animal lui-même.
Pourtant, sans lui, toute cette industrie disparaîtrait.
Le cheval court. Les uns travaillent autour de lui, les autres misent sur lui, certains gagnent grâce à lui, beaucoup perdent à cause de lui.
Et lui, au milieu, ne demande rien d’autre qu’à être un cheval.
C’est peut-être cela que nous avons oublié : derrière le spectacle, derrière l’argent et derrière le pari, il y a un être vivant.
Et lorsqu’une société transforme un animal en machine à gagner de l’argent pour les uns et à en perdre pour les autres, il n’est peut-être pas inutile de se demander qui, finalement, est le plus mal loti dans cette histoire.