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Chroniques d'un vieux con

Quand j’étais jeune, le monde était infesté de vieux cons. Puis, il y en a eu de moins en moins et curieusement, ils ont disparu. Ces chroniques sont celles d’un vieux con déclaré. Subjectif, évidemment. Mauvaise foi, parfois. Mais pas totalement inutile — enfin, j’ose l’espérer.

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Chronique n°6 Wokisme : Une cause juste qui se perd dans ses propres excès

Le wokisme se présente comme une entreprise morale : dévoiler les injustices, défendre les minorités, corriger les déséquilibres hérités de l’histoire. Sur le papier, difficile de s’y opposer. Mais entre l’intention affichée et la réalité de ses pratiques, l’écart est devenu béant.

Car ce qui se donne comme une prise de conscience s’apparente de plus en plus à une idéologie fermée.

Le monde y est réduit à une mécanique sommaire : d’un côté les dominants, de l’autre les dominés. Chacun est sommé de se situer, assigné à une identité, sommé de parler ou de se taire en fonction de ce qu’il est supposé représenter. L’individu disparaît derrière l’étiquette. La complexité est sacrifiée au profit d’une grille de lecture simplificatrice, où tout devient immédiatement lisible — et donc immédiatement jugeable.

Cette vision binaire ne cherche plus à comprendre : elle tranche.

À partir de là, le débat n’est plus un échange, mais un rapport de force moral. Il ne s’agit plus de convaincre, mais de dénoncer. Le désaccord n’est pas discuté : il est suspect. L’ironie, la nuance, le doute deviennent des fautes. Le langage est surveillé, normé, codifié, jusqu’à produire une forme de rigidité quasi bureaucratique du discours.

Et lorsque les mots ne suffisent plus, viennent les méthodes.

Intimidation, mise au pilori médiatique, campagnes de discrédit, effacement social : toute parole jugée déviante peut être sanctionnée. Cette logique de purification symbolique installe un climat de peur et d’autocensure. On ne parle plus librement, on parle prudemment — quand on parle encore.

Le paradoxe est brutal : une idéologie qui prétend libérer enferme. Une pensée qui se veut émancipatrice devient normative. Une lutte contre les discriminations produit, à son tour, des formes d’exclusion.

Mais le plus grave est ailleurs.

En radicalisant ses positions et ses méthodes, le wokisme finit par discréditer les causes qu’il prétend défendre. Il transforme des combats légitimes en postures perçues comme excessives, voire absurdes. Il offre à ses opposants des caricatures faciles, et détourne une partie de l’opinion de questions pourtant essentielles.

À force d’outrance, il produit du rejet.
À force de certitudes, il ferme toute discussion.
À force de rigidité, il empêche toute adhésion.

Ce n’est plus une dynamique de progrès, c’est une impasse.

Et rien n’indique, aujourd’hui, qu’un correctif interne soit à l’œuvre. Au contraire, chaque critique est immédiatement réinterprétée comme une preuve supplémentaire de l’hostilité du système, renforçant encore le réflexe de fermeture. Le wokisme semble ainsi pris dans une spirale où toute remise en question devient impossible.

Dès lors, une inquiétude s’impose : combien de temps encore ces dérives pourront-elles se poursuivre avant de provoquer un rejet durable et massif ? Et que restera-t-il alors des causes qu’elles auront contribué à fragiliser ?

Car une idéologie qui prétend tout éclairer, mais refuse d’être elle-même interrogée, finit rarement par servir ce qu’elle défend.

 

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