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Chroniques d'un vieux con

Quand j’étais jeune, le monde était infesté de vieux cons. Puis, il y en a eu de moins en moins et curieusement, ils ont disparu. Ces chroniques sont celles d’un vieux con déclaré. Subjectif, évidemment. Mauvaise foi, parfois. Mais pas totalement inutile — enfin, j’ose l’espérer.

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Chronique n° 3 : L’écriture inclusive : entre idéologie, confusion et exclusion

Une langue instrumentalisée

Depuis quelques années, l’écriture inclusive s’impose progressivement dans certains milieux médiatiques, universitaires et institutionnels. Présentée comme un outil de justice et d’égalité, elle serait censée corriger les biais supposés de la langue française. Mais derrière cette ambition affichée se dessine une réalité bien moins flatteuse : celle d’un projet idéologique, d’une complexification inutile du langage et, paradoxalement, d’une nouvelle forme d’exclusion.

L’écriture inclusive ne se contente pas de proposer des ajustements stylistiques : elle porte une vision du monde. Elle repose sur l’idée que la langue serait intrinsèquement porteuse d’inégalités qu’il conviendrait de corriger par des artifices graphiques et grammaticaux.

Mais la langue n’est pas un programme politique. Elle est le fruit d’une histoire, d’usages collectifs, d’équilibres subtils. Vouloir la remodeler selon des objectifs idéologiques revient à la détourner de sa fonction première : permettre la communication la plus claire et la plus fluide possible.

En ce sens, l’écriture inclusive n’est pas neutre. Elle impose une grille de lecture particulière, et tend à transformer un outil commun en vecteur militant.

Une lisibilité sacrifiée

C’est sans doute l’un des reproches les plus évidents : l’écriture inclusive complique la lecture.

Les formes du type « les étudiant·e·s », « les lecteur·rice·s » ou encore « les auteur·ice·s » alourdissent visuellement le texte et brisent la fluidité naturelle de la langue. La ponctuation devient envahissante, la syntaxe se fragmente, et le lecteur doit fournir un effort supplémentaire pour décoder ce qui devrait être immédiat.

Ce problème est encore plus marqué pour certains publics : enfants en apprentissage, personnes dyslexiques, étrangers apprenant le français. Là où la langue devrait être un vecteur d’accès, elle devient un obstacle.

Ironie de la situation : au nom de l’inclusion, on rend le texte moins accessible.

Une norme imposée par le haut

L’écriture inclusive ne s’est pas diffusée spontanément. Elle est largement promue par des institutions, des administrations, des cercles académiques ou médiatiques souvent éloignés des usages populaires.

Dans la rue, dans les conversations quotidiennes, dans la majorité des productions culturelles, elle reste marginale. Pourtant, elle tend à être imposée dans certains contextes officiels, comme si elle relevait d’une évidence.

Ce décalage révèle une fracture : celle entre une élite prescriptive et le reste de la population. Ce qui est présenté comme un progrès universel ressemble davantage à une norme élaborée dans des cercles restreints, puis diffusée sans véritable adhésion collective.

Un marqueur social plus qu’un outil linguistique

Au fil du temps, l’écriture inclusive est devenue un signe d’appartenance. Elle permet d’identifier un positionnement idéologique, un milieu social, parfois même une forme de capital culturel.

Maîtriser ses codes suppose une familiarité avec certains débats, certaines pratiques, certains espaces — souvent urbains, souvent parisiens. Elle fonctionne alors comme un filtre implicite : ceux qui l’utilisent se reconnaissent entre eux, tandis que les autres peuvent se sentir exclus, voire disqualifiés.

Ce qui devait rassembler finit par segmenter.

Une illusion de progrès

Enfin, l’écriture inclusive donne parfois le sentiment d’agir sur des inégalités bien réelles… sans réellement les résoudre.

Modifier la forme des mots ne change pas nécessairement la réalité sociale. L’égalité ne se décrète pas à coups de points médians. Elle se construit par des politiques concrètes, des évolutions culturelles profondes, des transformations économiques.

En focalisant l’attention sur la langue, on risque de détourner le regard des enjeux plus fondamentaux.

Laissons faire l'Histoire

L’écriture inclusive se présente comme un outil d’émancipation. Mais dans les faits, elle apparaît souvent comme une construction idéologique, peu lisible, socialement marquée et, paradoxalement, excluante.

À vouloir trop corriger la langue, on finit par l’abîmer. À vouloir inclure à tout prix, on risque d’exclure autrement.

Peut-être serait-il plus pertinent de laisser la langue évoluer naturellement, au rythme de ses locuteurs, plutôt que de chercher à la transformer par décret ou par pression normative.

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