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Chroniques d'un vieux con

Quand j’étais jeune, le monde était infesté de vieux cons. Puis, il y en a eu de moins en moins et curieusement, ils ont disparu. Ces chroniques sont celles d’un vieux con déclaré. Subjectif, évidemment. Mauvaise foi, parfois. Mais pas totalement inutile — enfin, j’ose l’espérer.

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Chronique n°4 : "Vous en pensez quoi ???"

Le massacre de la langue française par les journalistes : quand les questions tuent le sens
 
La langue française, réputée pour sa précision et sa richesse, subit aujourd’hui des entorses répétées dans certains médias. Parmi les dérives les plus frappantes figure l’art de poser des questions… ou plutôt de mal les poser. Car oui, interroger est un exercice délicat, qui demande rigueur, neutralité et sens de la nuance. Or, trop souvent, les journalistes semblent céder à la facilité, au détriment de la clarté et de l’objectivité.
 
Prenons une tournure devenue quasi automatique : « Comment vous faites ? » ou encore « Vous en pensez quoi ? ». Ces formulations, familières à l’oral, ont envahi les plateaux télévisés et les interviews. Si elles peuvent donner une impression de proximité ou de spontanéité, elles appauvrissent le discours journalistique. Elles manquent de précision et traduisent souvent une absence de préparation ou de reformulation plus soignée.
 
Mais le problème va plus loin avec l’usage abusif de l’interrogation négative : « Vous ne pensez pas que… ? ». Derrière cette construction se cache un biais évident : elle oriente la réponse. Le journaliste ne se contente plus de poser une question, il suggère une conclusion. L’interviewé est alors implicitement poussé à acquiescer ou à se justifier face à une idée déjà formulée. Ce type de question fragilise l’équilibre de l’échange et brouille la frontière entre information et influence.
 
Plus problématiques encore sont les questions qui contiennent déjà la réponse :
« Lorsque vous avez marqué, vous étiez heureux ? Vous avez pensé à vos parents ? »
Ici, le journaliste enferme son interlocuteur dans un cadre émotionnel préfabriqué. Il ne cherche plus à découvrir, mais à confirmer une narration attendue. L’interview devient alors une mise en scène, où la spontanéité disparaît au profit du cliché.
 
Ces dérives ne sont pas anodines. Elles participent à une forme de simplification excessive du langage, mais aussi de la pensée. Une question mal posée limite la qualité de la réponse. Elle réduit la complexité du réel à des schémas prévisibles, voire biaisés.
 
À l’inverse, les questions ouvertes constituent un véritable outil de compréhension. Elles laissent à l’interlocuteur la liberté de développer son point de vue, sans contrainte implicite. Elles favorisent la nuance, la réflexion et parfois même la surprise.
 
Quelques exemples de formulations plus pertinentes :
 « Comment avez-vous vécu ce moment ? »
 « Qu’avez-vous ressenti après votre but ? »
 « À quoi avez-vous pensé à cet instant précis ? »
 « Quelle analyse faites-vous de cette situation ? »
 « Quels éléments vous semblent déterminants dans ce contexte ? »
 
Ces questions invitent à la parole, sans la diriger. Elles respectent à la fois la langue et l’intelligence de l’interviewé.
 
En définitive, bien interroger, c’est déjà bien informer. Redonner aux questions leur exigence et leur neutralité, c’est aussi redonner à la langue française toute sa dignité.
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